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CONSTITUTIONNELLE, LA CORRIDA ?

le conseil constitutionnel déclare la corrida légaleSaisi par 2 associations anticorrida le conseil constitutionnel a déclaré le 21/09/12 que la corrida n’était pas contraire à la Constitution française. Que penser de ce jugement ?

Le COLBAC, association anti corrida à Béziers, oppose plusieurs objections au verdict du conseil constitutionnel :
Selon l’article 1er de notre Constitution « la France est une république indivisible…Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens… »
Peut-on soutenir que la République est indivisible  si on la divise en 2 territoires : un où la corrida est interdite et un autre où elle est autorisée ? La République assure-t-elle l’égalité de tous les citoyens devant la loi si  certains ont le droit de torturer et de massacrer alors que c’est interdit aux autres ? A lui seul l’article 1er de la Constitution française démontre que la corrida est anticonstitutionnelle.

La corrida est légalement tolérée en France là où existe une « tradition locale ».  Invoquer la tradition comme excuse pour justifier un méfait, c’est inacceptable. Le cannibalisme, la pédophilie, le meurtre et le viol sont aussi vieux que l’humanité. Cela les rend-il respectables ? Ce n’est pas parce qu’un crime se commet depuis très longtemps qu’on doit continuer à le commettre. Moralement inacceptable la tradition est-elle un argument juridiquement recevable par un tribunal ? Pas davantage. Chaque progrès accompli par l’humanité depuis l’âge des cavernes a exigé l’abandon d’une tradition. Quand la République française a aboli l’esclavage, les esclavagistes, pour empêcher l’abolition, ont brandi toute sorte d’arguments économiques et raciaux mais jamais la tradition. Lorsque la République française a accordé aux femmes le droit de vote, piétinant ainsi la très vieille tradition machiste, nul n’a brandi la tradition pour s’ opposer à l’égalité des sexes. Sur les milliers de délits et de crimes condamnés par le droit français la corrida est le seul et unique méfait pour la défense duquel la tradition soit utilisée. La tradition n’est donc pas un principe juridique mais une injustifiable exception au droit français en général et au droit constitutionnel en particulier utilisée uniquement pour la défense de la tauromachie.

Loin d’être une tradition immuable, un rite figé, la corrida n’ a jamais cessé de changer et continue à changer sous nos yeux. Il n’y a pas si longtemps quand un taureau était jugé « manso » c-à-d pas assez combatif, on lui plantait sur l’échine des banderilles de feu. Cette tradition est abandonnée. Il est révolu lui aussi le temps de la « media luna », faucille à long manche avec laquelle on coupait les jarrets des taureaux à la fin du spectacle. Jusqu’en 1928 les chevaux des picadors n’étaient protégés par aucun caparaçon et comme ils avaient les yeux bandés, ils ne pouvaient pas esquiver les coups de cornes. A chaque corrida de nombreux chevaux étaient éventrés. Leurs boyaux coulaient sur le sol et les malheureux équidés fuyaient à l’aveuglette en piétinant leurs propres entrailles. Ces horreurs, que la sensibilité des spectateurs actuels ne tolérerait plus, ont disparu. Sans aucun souci de maintenir les traditions. La corrida actuelle est profondément différente de ce qu’elle fut  Les amateurs de corrida  ne vont pas aux arènes pieds nus et vêtus en hommes des cavernes. Ils utilisent internet  et le téléphone portable. Ils ne sont pas plus que nous adorateurs des coutumes ancestrales. Qu’ils ne viennent donc pas hypocritement invoquer le prétendu respect dû aux traditions alors qu’ils sont les premiers à s’asseoir dessus.

Depuis son verdict sur la corrida le conseil constitutionnel (l’avez-vous remarqué ?) a changé de nom. Sous la plume des journalistes il est devenu le « conseil des sages ». Voilà qui suffit à indiquer dans quel camp se trouvent la plupart des journalistes.

Le conseil constitutionnel est composé de 9 membres dont 3 sont nommés par le président de la République, 3 par le président de l’assemblée nationale et 3 par le président du sénat. A ces 9 politiciens retraités nommés par des politiciens en exercice s’ajoutent de droit et jusqu’à leur mort tous les anciens présidents de la République (actuellement Chirac et Sarkozy). Rien d’étonnant si, en matière de corrida, les membres de ce conseil ont réagi non en juristes mais en politiciens. Or contrairement aux citoyens électeurs les politiciens sont presque tous dévoués à la tauromachie. A Béziers, sur les 49 membres du conseil municipal, un seul s’oppose à la corrida. Au conseil régional du Languedoc-Roussillon (presque 70 membres) on ne trouve pas un seul adversaire de la tauromachie. Alors que  les élus sont censés représenter les citoyens, en réalité ils s’opposent à la volonté de leurs électeurs. Si le parlement catalan a aboli la corrida en Catalogne, c’est que, à part Barcelone, toutes les villes catalanes avaient déjà une après l’autre définitivement fermé leurs arènes. Le parlement a seulement donné le coup de grâce à ce qui était déjà moribond. En France comme ailleurs les politiciens ne trouveront le courage d’abolir la corrida que lorsqu’elle sera à l’article de la mort.

Le COLBAC n’est pas déçu par le verdict du conseil constitutionnel parce qu’il ne nourrissait aucune illusion sur cet organe politicien. Ce verdict ne suffira pas à freiner le déclin de la corrida qui a commencé il y a longtemps et qui s’accélère actuellement (voir, dans le présent site, notre article sur le déclin de la corrida). Nous n’avons jamais pu remporter aucune victoire au plan national. C’est au plan local que nous remportons victoire sur victoire. Rappelons qu’à Paris de nombreuses corridas furent autrefois organisées et que Marseille fut autrefois la capitale taurine de la France par le nombre des corridas qui y étaient chaque année organisées. Ce temps est bien révolu. C’est au plan local qu’il faut lutter. Dans chaque ville taurine.